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Halvard Mabire – Campagne2France (141)

Halvard Mabire, déjà deux départ sur à la Route du Rhum. Cette troisième sera la première en Class40 et surtout avec un bateau neuf : le Pogo40 S3 du chantier Structures.
Halvard Mabire, déjà deux départ sur à la Route du Rhum. Cette troisième sera la première en Class40 et surtout avec un bateau neuf : le Pogo40 S3 du chantier Structures.

Halvard Mabire est l’un des skippers de la Class40 les plus expérimentés, où il a notamment signé un doublé sur la Transat Québec Saint-Malo (2008, 2012). Cette édition 2014 de la Route du Rhum signe ses retrouvailles avec la course en solitaire qu’il n’a pas pratiqué depuis 2008 lors de Transat Artemis. Difficile de le dissocier totalement de Miranda Merron parce que ce projet Campagne de France – Campagne2France s’écrit à quatre mains. Le hasard a voulu que les interviews soient réalisées l’une après l’autre. Il ne semblait donc pas opportun de proposer les entretiens avec les deux skippers dans le même article, qui serait de toute façon trop long. Nous vous conseillons tout de même de bien jeter un œil sur l’interview de Miranda Merron, pour disposer d’une vision globale du projet.

Propos recueillis par Carole Astier

Sailors & Races : A quand remonte la première envie de faire la Route du Rhum ?

Halvard Mabire : Dès la première en 1978. Je ne l’ai pas faite parce que j’étais parti sur une course en équipage et cela a inauguré une longue succession de rendez-vous manqués. En 1982, c’était mon objectif après la Whitbread mais je me suis fait souffler le bateau qui m’intéressait et qui a fini d’ailleurs en bonne place. En 1990, je m’engage en catamaran de 60 pieds, après la transat anglaise 1988, mais ce n’était pas un projet gagnant. Je termine septième ce qui est un bon résultat. En 1994, je m’aligne sur un bon monocoque mais je serai l’un des premiers à perdre ma quille. Le projet reposait sur des petits sponsors locaux, et le voilier n’était pas assuré. Il me faudra 10 ans pour m’en remettre sur le plan financier. Ensuite je n’ai jamais eu l’occasion d’y revenir, en plus la Whitbread (course en équipage devenu Volvo Ocean Race, ndlr) tombait souvent en même temps comme cette année par exemple (les sept voiliers de la VOR 2014-2015 font route depuis le 11 octobre vers Le Cap, ndlr). Je suis content d’être au départ de cette édition 2014 même si j’ai une frustration de ne pas l’avoir fait quand j’étais au top du top.

S&R : Quelle est votre expérience transtlantique ?

H. M. : J’ai un peu moins d’une quarantaine de transatlantique à mon compteur dont seulement quatre voire cinq en solitaire. Courir en solitaire ça n’est jamais anodin. Dans les souvenirs il reste toujours la victoire : le doublé sur Transat Québec Saint Malo c’est quelque chose ! J’ai remporté aussi deux fois la Twostar, une fois en multicoque et une fois en monocoque. La toute première Mini Transat sur le bateau que j’avais construit. Aller vers les Antilles à la voile ça représente quelque chose puisque c’est de cette façon là qu’elles ont été découverte. C’est un hommage à rendre à ces contrées-là.

S&R : Avez-vous déjà fait une arrivée en Guadeloupe ou navigué dans cette zone des Antilles ?

H. M. : Lors de ma première Route du Rhum, mais ce sont des images qui commencent à dater. Je suis curieux de voir si malgré le gros barnum on garde la magie de l’arrivée en Guadeloupe. Il y a eu de gros changements dans le monde de la course au large : les événements étaient assez simples, avec un côté naturel où il y avait avant tout de l’aventure et un espèce de défi.

S&R : Quelles sont vos attentes sur cette Route du Rhum 2014 ?

H. M. : Ma première attente est personnelle : c’est un rendez-vous avec moi-même. Une transat en solitaire est un moment magnifique et personnel. Ma première expérience c’était sur la Transat Artemis en 2008, c’était la découverte de la Class40, aujourd’hui à maturité.

S&R : Est-ce que vous vous considérez comme professionnel ou amateur sur cette course et quel a été le timing de votre projet Route du Rhum ?

H. M. : C’est la première fois de ma vie que je suis un vrai professionnel. Un projet qui est né en 2011 grâce à France Frais et Campagne de France. En Class40, il y a beaucoup d’amateurs qui sont bons et sérieux. Dans la course au large, il n’y a pas de distinction entre homme et femme, ni entre amateur et professionnel. Il y a des amateurs qui peuvent créer la surprise. Etre professionnel c’est aussi beaucoup d’obligations, et nous ne disposons pas d’une équipe pléthorique. Il faut être skipper, préparateur, architecte, constructeur… Il y a aussi un aspect organisation, logistique et administratif assez prenant. Nous avons un peu l’impression de faire face à une folie administrative dans la course au large, avec toutes les règles et règlements à faire appliquer. Le bateau (n°101, celui de Miranda Merron, ndlr) est rentré en retard de la Transat Jacques Vabre (retard de chargement sur le cargo puis tempêtes, ndlr), seulement à la mi-février. Un retard que nous nous traînons depuis le début, avec la saison qui a vite redémarré. Le deuxième bateau (n°141, celui pour Halvard Mabire, ndlr) a aussi été livré très tard. Nous sommes très contents d’avoir pu mener le projet avec deux bateaux. En septembre-octobre nous avons eu des contraintes de relations publiques et il a fallu construire le ber pour le Pogo 40S3.

S&R : Pourquoi avoir choisi la catégorie de la Class40 pour faire cette Route du Rhum ?

H. M. : C’est en Class40 qu’il y a la compétition la plus intéressante. En Imoca ça n’est pas le même budget et la Classe Rhum est plutôt historique

S&R : Comment s’est fait le choix du bateau ? Est-ce qu’il y a eu des aménagements effectués pour cette Route du Rhum ?

H. M. : Dans le concept général de ce bateau à louer, c’est la continuité d’une histoire avec Structures et Christian Bouroullec. Cela permettait au chantier de vendre un Pogo 40 S3 de plus, avec la garantie d’une préparation et de la location sur la première année à proposer à l’acheteur. Moi, cela me permet de partir avec des voiles neuves et un bateau à ma main. Les échanges se passent bien avec le propriétaire.

S&R : Avez vous pu bien naviguer sur ce Class40 mis à l’eau le 4 août 2014 ?

H. M. : J’ai fait 1800 milles avec la qualification, c’est déjà pas mal. Toutes les sorties se faisaient systématiquement avec les deux bateaux ce qui permet de progresser plus rapidement.

S&R : Qu’est-ce qui est prévu pour le retour de Guadeloupe du voilier ?

H. M. : Campagne2France (n°141) rentrera par cargo comme le prévoit le contrat avec le propriétaire.

S&R : Est-ce que le financement du projet comporte une part d’apport personnel ?

H. M. : Il y a eu une part d’apport personnel au tout départ du projet puisque je suis l’armateur du n°101 via ma société. Le n°141 est loué sur le budget de fonctionnement grâce à la mutualisation des deux projets. C’est une histoire qui prend bien, nous sommes sur la même longueur d’ondes que nos partenaires. C’est motivant de courir pour des gens comme eux.

S&R : Qu’est-ce qui a été limitant en terme de budget (part vitale pour certains) ?

H. M. : Cette année nous avons pu mener à bien notre projet en faisant attention à tout, comme le matelotage. J’ai rogné sur mon salaire et mes honoraires mais c’est un choix personnel. Nous sommes assez autonomes et avons fait très peu appel à des prestataires. Nous avons eu quelques coups de main ponctuels comme notre ancien chef d’atelier.

S&R : Est-ce que vous disposez du soutien d’un préparateur professionnel, et si oui sur quelle période ?

H. M. : De manière très occasionnelle Jeff Quemener qui est un très bon préparateur est venu travailler sur nos Class40. Il sera à Saint-Malo pour nous aider sur les deux bateaux mais pas à temps plein.

S&R : Comment s’est passée votre qualification pour cette Route du Rhum ?

H. M. : Elle a été faite de suite après la mise à l’eau, puisqu’il y avait un convoyage entre Bénodet et Cherbourg à faire. J’ai rencontré un souci d’électronique avec un black-out complet. Donc j’ai abrégé le convoyage qui a duré trois jours et deux nuits.

S&R : Comment est-ce que vous vous entraînez (coach, solitaire) ?

H. M. : Miranda est mon coach et je suis le sien. Nous avons effectué toutes nos sorties en solitaire, en dehors des sorties RP et partenaires. Nous avons accompagné Thibaut Vauchel-Camus jusqu’à Wolf Rock. Peut-être que nous ferons de même avec François Angoulvant quand il partira en qualification. L’avantage de Cherbourg : nous pouvons sortir sans contrainte de marée et nous nous retrouvons rapidement en pleine mer. Avec les deux bateaux sur des sorties de 24 à 36 heures, nous travaillons sérieusement

S&R : Qu’est-ce que vous avez prévu pour le convoyage du Class40 vers Saint-Malo ?

H. M. : Cela n’est pas une grosse distance entre Cherbourg et Saint-Malo, nous serons avec des partenaires et des gens qui nous aident pour partager le passage des écluses. C’est une bonne façon de les remercier.

S&R : Quel plaisir trouvez-vous dans la compétition en solitaire et quels sont vos objectifs sportifs sur cette course ?

H. M. : Sur cette édition, il est vraiment question pour moi de savoir si je vais y trouver du plaisir ou pas, Peut-être que je ne suis pas si naturellement attiré par le solitaire. Le double a la particularité de présenter les avantages du solitaires ainsi que ceux du double. Je n’ai rien à prouver, c’est essentiellement une curiosité. Je ne suis pas un compétiteur dans l’âme mais j’ai ma fierté personnelle. J’ai envie de montrer que je sais faire marcher le bateau plutôt que de battre les autres. J’ai aussi l’envie de me battre contre moi-même.

S&R : Avez-vous adopté une préparation physique pour cette course ?

H. M. : Non mais il y eu la construction du bateau et travailler dans un chantier naval c’est assez physique. Je ne suis pas un sportif. Ensuite nous avons beaucoup naviguer et là il y a les manœuvres et tous les mouvements sur le bateau.

S&R : La première partie de la Route du Rhum, avec le départ à près de 100 solitaires plus les bateaux accompagnateurs jusqu’au dégolfage en novembre, est particulière. En avez-vous l’expérience et comment l’abordez-vous ?

H. M. : Sur le départ il y a plusieurs choses : la pression du public, la pression administrative. Nous ne sommes réellement partis que quelques heures après le départ. Il y a un peu une angoisse avec le nombre de bateaux qui seront sur zone. Le fait de dégolfer en novembre c’est à quitte ou double. En solitaire il y a aussi le risque d’abordage.

S&R : Quel matériel de secours (spare dans le jargon maritime) embarquez vous pour la course ?

H. M. : J’ai un bateau de spare (rires). Une bonne préparation avec une trousse à outils complète. Sur les deux bateaux nous avons des pilotes automatiques très basiques.

S&R : Quel type de nourriture avez-vous prévu pour l’avitaillement et combien de jours embarquez-vous ?

H. M. : J’embarque 20 jours de lyophilisés, pour n’avoir qu’à faire bouillir de l’eau, ainsi que des fruits secs.

S&R : Allez-vous être présent sur Saint-Malo pour toute la durée du village départ ? Comment envisagez-vous cette dizaine de jours ?

H. M. : Nous avons réservé sur place et rester pendant les 10 jours avant le départ. L’idée est de se débarrasser assez vite de l’administratif (contrôles de sécurité et autres formalités, ndlr). Nous aurons deux journées partenaires pendant la semaine et serons disponibles pour les médias, si jamais il y a un intérêt. Pour les visites de l’entourage, nous avons conseillé de ne pas passer les derniers jours car nous serons pas mal pris par les briefings.

S&R : Est-ce que vous avez déjà des choses bien engagées pour 2015 ?

H. M. : Nous allons continuer en Class40, si possible jusqu’en 2016. Le 101 sera en vente après la Route du Rhum, et nous aimerions essayer de refaire un bateau.

En location, Campagne2France (141) ne dispose pas d'une décoration aussi aboutie que son grand frère. Un jeu des sept différences assez facile entre les deux Class40. Pas d'excuses pour les confondre sur la ligne de départ ! © Jean-Marie Liot
En location, Campagne2France (141) ne dispose pas d’une décoration aussi aboutie que son grand frère. Un jeu des sept différences assez facile entre les deux Class40. Pas d’excuses pour les confondre sur la ligne de départ ! © Jean-Marie Liot

A propos de Carole Astier

Présentation Carole Astier Le journalisme est une vraie vocation. Influencée par un grand-père qui rêvait être journaliste, j'ai pris la tangente dès qu'elle s'est présentée lors de mes études en biologie. Une simple affiche « L'ESJ Lille recrute : devenez Journaliste Scientifique ». Le bac +4 indispensable en poche, c'est à l'ESJ Lille et à l'USTL que j'apprends ce métier. Promotion JS7 (Journaliste et Scientifique) alias Promotion ESJ 74 (sortie juin 2000). Pour les stages lors de la scolarité pas de surprise : l'agence aixoise de La Provence, la ville du Cour Mirabeau où j'ai usé mes fonds de culotte en secondaire, et France Football, car déjà mon attrait pour le journalisme sportif avait été perçu par les encadrants de la formation. Le bouclage du numéro parution le vendredi, le soir de la reprise de Ronaldo (le Brésilien) et de la victoire surprise de Calais sur Bordeaux en demie-finale de la Coupe de France 2000 reste encore mon plus beau souvenir de bouclage. Pour obtenir ma première carte de presse, je travaille dans une toute petite rédaction de la presse informatique professionnelle verticale (SI assurance et SI secteur santé). L'opportunité de toucher à tous les types rédactionnels, d'assez rapidement prendre en main la réalisation de grands dossiers. Je participe aussi à la naissance de deux nouveaux magazines au sein de la rédaction, abordant l'aspect maquette, charte graphique, et tout l'aspect de la chaîne graphique. Puis je dégote des piges, pour un journal orienté « plateaux techniques », qui permet de sortir du champs du seul système d'information, et de parler de plus en plus de la pratique médicale. Expérience très enrichissante de la création d'une lettre d'information pour une association de médecins spécialistes. Puis la présence au départ d'une course de Class40 : la Solidaire du Chocolat, des rencontres avec les skippers assez faciles, l'absence d'articles sur le sujet, me font tenter un blog. Après une tentative personnelle sur twitter dès 2009, je décide d'y revenir avec une visée uniquement professionnelle, et je découvre le plaisir de faire du direct avec le Live Tweet, et l'un des meilleurs moyens pour se faire son réseau à distance quand on n'a pas la chance d'habiter près de la mer et de ne pas être du sérail. Le blog est plutôt gagnant : des visites, de la matière, et des bons retour côté skippers. Alors mûrit la volonté de faire plus... et ça devient Sailors & Races. Quel est le comble du journaliste de terrain ? Malgré la grande curiosité, être très intimidé face aux personnes inconnues avec qui il n'a pas convenu de rendez-vous au préalable, mais être capable de se lancer dans un projet de portail multimedia en solo, en chargeant la barque en ajoutant une autre catégorie de voilier, mais il était impossible de passer à côté de la Mini Transat 2013. Malgré quelques expériences de navigation adolescente, je revendique la posture du non-pratiquant. Comme j'ai couvert les systèmes d'information en étant juste une utilisatrice un peu éclairée, comme j'ai traité d'une chirurgie très pointue en ayant que mon bagage de maitrise de biochimie option nutrition pour principale base, je découvre les différents aspects de la navigation au fur et à mesure. Peut-être le meilleur moyen de savoir rester à distance pour garder le grand public comme l'une des cibles. Aucune arrogance vis à vis des confrères et autres titres en pensant faire mieux, mais juste l'idée qu'il y a de la place pour quelque chose de différent. Et avoir le luxe de pouvoir prendre le temps de mettre les choses en place, en suivant mon projet initial.

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