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Kito de Pavant – Otio Bastide Médical (119)

Kito de Pavant s'élance sur cette édition 2014 en Class40 et vise la victoire. © Hervé Giorsetti
Kito de Pavant s’élance sur cette édition 2014 en Class40 et vise la victoire. © Hervé Giorsetti

Ces dernières années, les aventures à la voile de Kito de Pavant se conjuguaient en 60 pieds. Il est l’un des skippers de la catégorie à avoir recueilli le plus de suffrage à l’applaudimètre lors de la présentation au public samedi soir. Ce sera ses retrouvailles avec la course au large depuis son abordage par un chalutier lors du dernier Vendée Globe. L’un des rares représentants méditerranéens à s’aligner sur la course, il cumule les atouts pour en faire un sérieux candidat à la victoire, même s’il ne s’est jamais vraiment confronté aux autres concurrents de la flotte.

Propos recueillis par Carole Astier

Sailors & Races : A quand remonte la première envie de faire la Route du Rhum ?

Kito de Pavant : Mon histoire avec cette course est assez récente mais j’ai toujours eu envie de faire cette course. Pour la première édition j’avais 17 ans. Quand on cherchait ce que l’on veut faire pour moi c’était la Route du Rhum. Il m’a fallu être patient pour y arriver.

S&R : Quelle est votre expérience transtlantique ?

K. de P. : Je ne compte plus : entre 50 et 60, dont le tiers en course. Dans les années 80, j’ai abandonné mes études et j’ai décidé de naviguer. C’est l’époque où nous ne pouvions être sûrs de la position du bateau, qui se calculait au sextant et avec une petite angoisse au moment d’arriver de l’autre côté à savoir si nous étions bien au bon endroit. Il y a beaucoup de souvenirs marquants. Sur la Route du Rhum en 2010, j’ai cassé un axe qu’on pensait incassable. J’ai arrêté la course aux Açores, préférant ramener le bateau. Quant au départ, c’était une effervescence incroyable, qui avait failli s’arrêter dans un bateau média. La collision a été évité grâce à mon équipe technique.

S&R : Avez-vous déjà fait une arrivée en Guadeloupe ou navigué dans cette zone des Antilles ?

K. de P. : Je connais un peu par cœur, car je fais deux à trois transatlantiques par an. Mais je ne sais pas si c’est un avantage. Il y a un vrai plaisir de retrouver ces endroits là : c’est compliqué de faire la Route du Rhum et être au départ est déjà une première victoire.

S&R : Quelles sont vos attentes sur cette Route du Rhum 2014 ?

K. de P. : Je veux me faire plaisir et faire plaisir à mes partenaires, qui sont des nouveaux venus dans la voile. La médiatisation se fait parmi les gros bateaux. Faire la couverture de Bateaux est une belle victoire. Au 30 juin, je n’avais pas un euro pour la course et le 15 juillet j’avais réussi à trouvé trois partenaires.

S&R : Est-ce que vous vous considérez comme professionnel ou amateur sur cette course et quel a été le timing de votre projet Route du Rhum ?

K. de P. : Je suis professionnel puisque je suis quelqu’un qui gagne sa vie en naviguant depuis de nombreuses années. Mais en ce moment je ne me paye pas. Le projet on peut considérer qu’il est vieux, il date de 36 ans. Le projet Made in Midi a commencé en 2013. Trouver un gros sponsor, c’est plutôt une histoire de chance. Etant en Méditerranée, j’avais envie de défendre les couleurs du sud, qui est le parent pauvre de la course au large. Pour les structures locales les budgets deviennent inaccessibles : l’idée est de mutualiser les coûts d’accès. Cette année nous sommes partis sur le Figaro et réussi à convaincre vers La Route du Rhum. Pour 2015, nous partons sur le Tour de France à la Voile et 2016 un projet Vendée Globe.

S&R : Pourquoi avoir choisi la catégorie de la Class40 pour faire cette Route du Rhum ?

K. de P. : J’avais plusieurs possibilités et l’envie de faire une belle route du Rhum. Partir malgré un budget pas trop élevé sur un projet gagnant, même si en voile rien n’est jamais acquis. En Imoca, il n’y avait plus de bateau et en Classe Rhum, c’est un peu fourre-tout. La Class40 est une évidence, avec quelques bateaux disponibles permettant de faire une jolie régate pour un budget qui reste raisonnable, notamment par rapport à un multi. Tout de suite le projet a été lancé en Class40. L’Imoca ex-Groupe Bel a été vendu un peu trop vite à mon goût.

S&R : Comment s’est fait le choix du bateau ? Est-ce qu’il y a eu des aménagements effectués pour cette Route du Rhum ?

K. de P. : Le 119 était une évidence. Dans les bateaux disponibles, c’était le seul bon bateau et je connais bien Guillaume Verdier (l’architecte du Tyker evo 3) et j’avais fait la Rolex Fastnet Race 2013 avec Bruno Jourdren. J’avais constaté que c’était un bon bateau encore optimisable. J’ai pris des risques début juillet en le réservant puisque je n’avais pas encore le budget. Il est loué jusqu’à la fin de la Route du Rhum. Nous avons surtout essayer de l’optimiser et de le fiabliser. Nous avons quelques voiles neuves et avons travaillé sur les ballasts qui était l’un des gros problèmes rencontré par Bruno Jourdren. Sur le convoyage retour j’ai pu mesurer que nous avons bien gagné sur le pilote automatique qui est très important sur une Route du Rhum. Nous avons un peu travaillé sur l’ergonomie. A l’occasion du convoyage entre Roscoff et la Méditerranée, j’avais réalisé une job list confié à mon équipe technique historique de l’Imoca.

S&R : Combien de jours de navigation sur ce Class40 avez vous effectués en 2014 ?

K. de P. : J’ai fait le convoyage entre Roscoff et Port Camargue en solo, pendant lequel j’ai fait ma qualification et j’ai essayé de naviguer tous les jours. Cela représente 1800 milles.

S&R : Qu’est-ce qui est prévu pour le retour de Guadeloupe du voilier ?

K. de P. : Suivant le contrat conclu avec Bruno Jourdren il rentrera en cargo, pour ramener le bateau en l’état.

S&R : Est-ce que le financement du projet comporte une part d’apport personnel ?

K. de P. : J’assume le fait que le bateau va courir la Route du Rhum alors qu’au début je n’avais qu’un partenaire. C’est  une part de prise de risque importante. Il reste un peu d’investissement mais je travaille pour l’avenir.

S&R : Qu’est-ce qui a été limitant en terme de budget (part vitale pour certains) ?

K. de P. : Bien-sûr, on pourrait ne jamais arrêter d’améliorer les choses sur un voilier. Il y avait aussi un souci de temps. J’ai trois voiles neuves, pour changer les voiles qui n’étaient pas adaptées à une Route du Rhum. Mais je n’ai pas de grand voile neuve, ni de spinnakers neufs. Il vaut mieux se servir du matériel que l’on a et j’ai privilégié sa fiabilisation.

S&R : Est-ce que vous disposez du soutien d’un préparateur professionnel, et si oui sur quelle période ?

K. de P. : pendant tout l’été j’ai eu l’équipe technique sur le bateau : quatre à six personnes. En contre partie je ne me suis pas payé. Hervé [Giorsetti] continue à bosser pour préparer le bateau.

S&R : Comment s’est passée votre qualification pour cette Route du Rhum lors du convoyage de Roscoff à Port Camargue ?

K. de P. : Je connaissais le bateau pour avoir naviguer dessus 15 jours au mois d’août 2013 mais j’ai eu quelques mauvaises surprises avec le système de barre et le pilote automatique. En lien avec l’équipe technique ça m’a permis d’aller droit au but. Les conditions étaient très variées et j’ai gagné beaucoup de temps même si cela n’a pas été très simple de travailler au mois d’août.

S&R : Comment est-ce que vous vous entraînez (coach, solitaire) ?

K. de P. : Je suis mon propre coach et mon équipe technique m’a beaucoup aidé à fiabiliser le bateau. Comme l’un de mes sponsor est dans le matériel médical nous avons aussi travailler sur l’ergonomie et le sommeil, avec une étude scientifique. En septembre, j’ai fait beaucoup de sorties.

S&R : Qu’est-ce que vous avez prévu pour le convoyage du Class40 vers Saint-Malo ?

K. d P. : Nous avons amené le bateau jusqu’à Roscoff en partant début octobre et c’est Bruno Jourdren qui l’amène à Saint-Malo. Le bateau est prêt.

S&R : Quel plaisir trouvez-vous dans la compétition en solitaire et quels sont vos objectifs sportifs sur cette course ?

K. de P. : Est-ce que je fais cela par amour du solo ou par nécessité ? La compétition fonctionne bien en solo, j’adore ça mais c’est crevant et apporte beaucoup de stress. Mais j’aime bien l’équipage aussi. Je vise clairement la gagne sur cette Route du Rhum mais est-ce réellement réaliste ? Dans les favoris : Axel Pella sera bien mieux armé, et les autres concurrents je ne les connais pas bien. J’espère être dans le coup. Cet été on a constaté que cela fonctionne bien avec le bateau, mais je me suis isolé en Méditerranée. Il valait mieux, on verra sur la course si cela m’a permis de garder un avantages sur les autres, ou de conserver mes espérances.

S&R : Avez-vous adopté une préparation physique pour cette course ?

K. de P. : Je n’ai pas fait de préparation. J’ai beaucoup navigué et eu beaucoup de boulot sur le voilier. J’ai un peu fait l’impasse sur cet aspect.

S&R : La première partie de la Route du Rhum, avec le départ à près de 100 solitaires plus les bateaux accompagnateurs jusqu’au dégolfage en novembre, est particulière. Vous en avez déjà l’expérience sur la dernière Route du Rhum comment abordez-vous cette partie ?

K. de P. : Sur le départ, j’apprécie l’effervescence et l’adrénaline. Il y a énormément de monde et c’est un plaisir à partager. Côté sponsor, il y aura du monde. Cette journée de départ sera très stressante et intense. Il est probable qu’il y ait des abordages. C’est assez Rock’n’Roll, il y a beaucoup de tension. J’ai une certaine impatience mêlée d’appréhension. La première victoire est d’être inscrit, la deuxième d’être à Saint-Malo et la troisième sera d’arriver là-bas avec une belle régate. Dégolfer à cette période-là, tout peut arriver. J’en ai fait huit avec des passages de front donc je n’ai pas d’appréhension particulière et ça sera pour tout le monde pareil. J’espère que cela ne sera pas les conditions de l’année dernière, et que nous aurons une belle régate.

S&R : Quel matériel de secours (spare dans le jargon maritime) embarquez vous pour la course ?

K. de P. : J’embarque le moins possible, surtout une bonne boîte à outils. On prend toujours trop de choses.

S&R : Quel type de nourriture avez-vous prévu pour l’avitaillement et combien de jours embarquez-vous ?

K. de P. : L’avitaillement n’est pas un gros truc comme pour un Vendée Globe. J’aurai des lyophilisés parce que c’est pratique et des plats cuisinés. On mange peu sur les bateau, alors j’essaye de me faire plaisir sur la nourriture. C’est un bateau qui a besoin de contre-poids. Je prendrais entre 15 et 20 jours pour ne pas prendre de risques.

S&R : Allez-vous être présent sur Saint-Malo pour toute la durée du village départ ? Comment envisagez-vous cette dizaine de jours ?

K. de P. : Je devrais être pas loin toute la semaine, ça s’est décidé dernièrement. Le bateau lui est prêt. J’ai l’expérience de ces grands départs donc il y aura des heures où je serai disponible et une période off, et déjà caler les heures de sommeil, comme faire une sieste dans l’après-midi. Il y a des moments où il faut être au calme, dans sa bulle. J’ai trois gros partenaires et je n’ai pas pu répondre à toutes les demandes notamment sur le départ. Il y aura un point de rendez-vous sur le port pour les rencontres, même s’ils seront moins nombreux que les Bretons. Il y aura du monde car c’est une grande fête populaire.

S&R : Est-ce que vous avez déjà des choses bien engagées pour 2015 ?

K. de P. : Made in Midi va continuer mais nous n’avons pas encore le financement. Il y aura deux supports : le Tour de France à la Voile où nous sommes déjà inscrits mais sans disposer de bateau, et le Figaro encore avec Gwen Gbick pour 2015. Sur le Tour de France à la Voile nous espérons monter deux équipes avec des jeunes et un féminin. J’espère aussi le début du projet Vendée Globe.

Le Tyker evo 3 n°119 aux couleurs de Otio-Bastide Médical sera mené par Kito de Pavant sur cette édition 2014 de la Route du Rhum. © Hervé Giorsetti
Le Tyker evo 3 n°119 aux couleurs de Otio-Bastide Médical sera mené par Kito de Pavant sur cette édition 2014 de la Route du Rhum. © Hervé Giorsetti

A propos de Carole Astier

Présentation Carole Astier Le journalisme est une vraie vocation. Influencée par un grand-père qui rêvait être journaliste, j'ai pris la tangente dès qu'elle s'est présentée lors de mes études en biologie. Une simple affiche « L'ESJ Lille recrute : devenez Journaliste Scientifique ». Le bac +4 indispensable en poche, c'est à l'ESJ Lille et à l'USTL que j'apprends ce métier. Promotion JS7 (Journaliste et Scientifique) alias Promotion ESJ 74 (sortie juin 2000). Pour les stages lors de la scolarité pas de surprise : l'agence aixoise de La Provence, la ville du Cour Mirabeau où j'ai usé mes fonds de culotte en secondaire, et France Football, car déjà mon attrait pour le journalisme sportif avait été perçu par les encadrants de la formation. Le bouclage du numéro parution le vendredi, le soir de la reprise de Ronaldo (le Brésilien) et de la victoire surprise de Calais sur Bordeaux en demie-finale de la Coupe de France 2000 reste encore mon plus beau souvenir de bouclage. Pour obtenir ma première carte de presse, je travaille dans une toute petite rédaction de la presse informatique professionnelle verticale (SI assurance et SI secteur santé). L'opportunité de toucher à tous les types rédactionnels, d'assez rapidement prendre en main la réalisation de grands dossiers. Je participe aussi à la naissance de deux nouveaux magazines au sein de la rédaction, abordant l'aspect maquette, charte graphique, et tout l'aspect de la chaîne graphique. Puis je dégote des piges, pour un journal orienté « plateaux techniques », qui permet de sortir du champs du seul système d'information, et de parler de plus en plus de la pratique médicale. Expérience très enrichissante de la création d'une lettre d'information pour une association de médecins spécialistes. Puis la présence au départ d'une course de Class40 : la Solidaire du Chocolat, des rencontres avec les skippers assez faciles, l'absence d'articles sur le sujet, me font tenter un blog. Après une tentative personnelle sur twitter dès 2009, je décide d'y revenir avec une visée uniquement professionnelle, et je découvre le plaisir de faire du direct avec le Live Tweet, et l'un des meilleurs moyens pour se faire son réseau à distance quand on n'a pas la chance d'habiter près de la mer et de ne pas être du sérail. Le blog est plutôt gagnant : des visites, de la matière, et des bons retour côté skippers. Alors mûrit la volonté de faire plus... et ça devient Sailors & Races. Quel est le comble du journaliste de terrain ? Malgré la grande curiosité, être très intimidé face aux personnes inconnues avec qui il n'a pas convenu de rendez-vous au préalable, mais être capable de se lancer dans un projet de portail multimedia en solo, en chargeant la barque en ajoutant une autre catégorie de voilier, mais il était impossible de passer à côté de la Mini Transat 2013. Malgré quelques expériences de navigation adolescente, je revendique la posture du non-pratiquant. Comme j'ai couvert les systèmes d'information en étant juste une utilisatrice un peu éclairée, comme j'ai traité d'une chirurgie très pointue en ayant que mon bagage de maitrise de biochimie option nutrition pour principale base, je découvre les différents aspects de la navigation au fur et à mesure. Peut-être le meilleur moyen de savoir rester à distance pour garder le grand public comme l'une des cibles. Aucune arrogance vis à vis des confrères et autres titres en pensant faire mieux, mais juste l'idée qu'il y a de la place pour quelque chose de différent. Et avoir le luxe de pouvoir prendre le temps de mettre les choses en place, en suivant mon projet initial.

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