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Louis Duc – Advanced Energies Carac (n°65)

Louis Duc, prêt pour participer à sa première Route du Rhum. © Julia Potier
Louis Duc, prêt pour participer à sa première Route du Rhum. © Julia Potier

Louis Duc est un skipper qui traine sur les pontons depuis si longtemps qu’on en oublierait presque qu’il a passé le cap de la trentaine seulement l’année dernière. Dès 2007, il met les deux pieds dans la Class40. Après une expérience en Figaro, il revient sur les monocoques de 40 pieds. Initiant des entrepreneurs au large sur la Transat Québec Saint-Malo, il ne se doute pas que ça sera la rencontre pour son nouveau projet. Réunis par l’aventure de la course au large, ils achètent ensemble le Prototype Akilaria RC2 qui vient de remporter le Mondial Class40 à La Rochelle, mené par Ganzalo Botín. Après une saison en double avec Stéphanie Alran, retour au solitaire pour le marin bas-normand qui avait signé la quatrième place de l’Artemis Transat en 2008.

Propos recueillis par Carole Astier

Sailors & Races : A quand remonte la première envie de faire la Route du Rhum ?

Louis Duc : Dès mes 11 ans. Il y a 20 ans tout juste, j’étais sur les pontons à Saint-Malo pour venir voir Halvard [Mabire] qui partait sur la course.

S&R : Quelle est votre expérience transtlantique ?

L. D. : J’ai fait une bonne dizaine de transats, avec la première en 2004, ramenant un vieux 60 pieds de Newport. En course j’ai pris six départs (deux Transat Jacques Vabre, deux Transat Québec – Saint-Malo, une Transat Anglaise et une Mini Transat) et j’en ai terminé cinq, dont une en solitaire. Sur la Mini Transat j’ai démâté au large du Sénégal. J’ai plein de souvenirs mais l’un des plus marquants reste l’arrivée de l’Artemis Transat du côté de Boston, à un quart d’heure d’intervalle devant Halvard (13min52s d’écart, ndlr).

S&R : Avez-vous déjà fait une arrivée en Guadeloupe ou navigué dans cette zone des Antilles ?

L. D. : J’ai déjà fait une arrivée sur une transatlantique en convoyage aux Antilles. Je connais un petit peu, il faudra être prudent en longeant les côtes. Mais la bataille sera déjà faite.

S&R : Quelles sont vos attentes sur cette Route du Rhum 2014 ?

L. D. : Cela fait une dizaine d’années que je cours, et ça sera la première fois en étant avec un bateau prêt. Je connais son potentiel et je sais l’utiliser. Si les conditions sont favorables au bateau, j’espère être dans les 10 premiers. J’ai déjà vécu le côté aventure, c’est vraiment la course qui m’attire. Il faudra dépasser le côté foule et être un peu hermétique pour éviter les bêtises alors qu’il y aura beaucoup de monde sur l’eau.

S&R : Est-ce que vous vous considérez comme professionnel ou amateur sur cette course et quel a été le timing de votre projet Route du Rhum ?

L. D. : Je ne me considère pas comme amateur car je vis de la mer et des préparations de bateaux. Mais pas vraiment professionnel non plus, puisque je vis plus du métier de préparateur que du fait de naviguer. Je ne peux pas me concentrer que sur la navigation comme peuvent le faire les vrais professionnels de la course au large. Le projet a débuté sans le savoir lors de la Transat Québec – Saint-Malo 2012, quand j’ai discuté avec Jérôme [Lepoutre] et Marc [Dewarvin] (qui ont acheté avec lui le Class40 n°65 pour poursuivre leur aventure en course au large, ndlr). J’ai plutôt été à 70 % sur le projet en terme de temps puisque je loue à côté un petit bateau. Mais je suis investi à 100% dans cette Route du Rhum.

S&R : Pourquoi avoir choisi la catégorie de la Class40 pour faire cette Route du Rhum ?

L. D. : Je cours en Class40 depuis 2007. C’est le meilleur rapport qualité/prix en course au large, avec un calendrier en place et un plateau de qualité. C’est vraiment la catégorie la plus raisonnable, déjà que nous avons du mal à boucler nos budgets. En plus le bateau est vraiment top pour naviguer.

S&R : Comment s’est fait le choix du bateau ? Est-ce qu’il y a eu des aménagements effectués pour cette Route du Rhum ?

L. D. : J’ai choisi le 65 dans l’optique du Rhum. Avec le budget que nous avions c’était le seul bateau disponible en 2012. Pour moi c’était le bateau à prendre et je ne regrette pas. C’est une société qui en est propriétaire et j’en ai une petite part. Le bateau était plutôt fait pour de l’équipage (deux fois vainqueur du Mondial Class40 en 2010 et 2012, ndlr), donc j’ai travaillé plutôt sur la partie de plan de pont pour l’adapter au solitaire.

S&R : Combien de jours de navigation sur ce Class40 avez vous effectués en 2014 ?

L. D. : Depuis la remise à l’eau en avril 2014, je dois avoir passé une soixantaine de jours minimum à naviguer. Il est difficile de s’évaluer d’où l’intérêt de s’entraîner avec les autres.

S&R : Qu’est-ce qui est prévu pour le retour de Guadeloupe du voilier ?

L. D. : Le voilier va rester aux Antilles jusqu’en février 2015. Le retour se fera par la mer. Nous allons essayer de mettre quelques courses au programme.

S&R : Est-ce que le financement du projet comporte une part d’apport personnel ?

L. D. : Il y a la part dans la société qui a acheté le bateau mais pour le fonctionnement c’est le sponsoring qui assure le budget.

S&R : Qu’est-ce qui a été limitant en terme de budget (part vitale pour certains) ?

L. D. : Il manque une dizaine de milliers d’euros. En 2014 nous n’avons ainsi aucun financement pour le retour du bateau. Je suis content de ce que nous avons réussi à faire avec le budget. La grand voile sera amortie sur deux ans.

S&R : Est-ce que vous disposez du soutien d’un préparateur professionnel, et si oui sur quelle période ?

L. D. : De temps en temps. J’ai travaillé avec Aries sur Cherbourg. J’ai un copain qui m’assiste jusqu’au départ de la Route du Rhum mais il sera là à titre amical.

S&R : Comment s’est passée votre qualification pour cette Route du Rhum ?

L. D. : Lors de la Qualif Solidaire, je me suis échoué avec Brieuc [Maisonneuve] alors que nous étions en tête pendant quatre heures. 30 heures après me retrouver en milieu de flotte au contact d’une partie des bateaux récents c’était plutôt engageant.

S&R : Comment est-ce que vous vous entraînez (coach, solitaire) ?

L. D. : J’ai participé aux sessions d’entraînement de Tanguy Leglatin, pour être plus à l’aise au contact des autres. L’idée c’est d’optimiser la performance du bateau avec ce que l’on a, en fonction de ses voiles. Cela donne une assurance vis à vis des autres. Je n’ai pas eu trop le temps de sortir en solitaire sinon. Depuis le mois de juillet, j’ai fait une petite dizaine de nuits en mer, cela met dans le rythme.

S&R : Qu’est-ce que vous avez prévu pour le convoyage du Class40 vers Saint-Malo ?

L. D. : Je vais partir de Lorient dans les temps pour faire les images au cap Fréhel, plutôt le mercredi avant l’ouverture du village. Je vais faire ce convoyage avec les gens qui m’aident un peu. Mes co-propriétaires sont déjà venus sur une ou deux navigations, en semaine il n’est pas dit qu’ils arrivent à se libérer.

S&R : Quel plaisir trouvez-vous dans la compétition en solitaire et quels sont vos objectifs sportifs sur cette course ?

L. D. : C’est surtout cela qui me plait. Pour moi c’est la discipline ultime : il faut être pointu partout. Pour gérer les soucis, on ne peut pas se réfugier derrière quelqu’un d’autre. Si les conditions ne sont pas trop défavorables, je vise d’être dans le top 10. Si les conditions avantages plutôt les bateaux récents alors ça sera compliqué. Il ne faut pas que ce soit du reaching trop longtemps avec tout le monde encore groupé.

S&R : Avez-vous adopté une une préparation physique pour cette course ?

L. D. : Les entraînements avec Tanguy Leglatin sont hyper physiques, et ça c’est pas mal. En navigant tout seul, surtout sur un Class40, cela devient de suite physique.

S&R : La première partie de la Route du Rhum, avec le départ à près de 100 solitaires plus les bateaux accompagnateurs jusqu’au dégolfage en novembre, est particulière. En avez-vous l’expérience et comment l’abordez-vous ?

L. D. : Avec autant de bateaux sur l’eau, c’est vraiment un événement énorme. Les premières 24 heures il faudra faire vraiment très attention, pour ne pas rentrer au port le jour du départ. J’ai été préparateur une fois sur une Route du Rhum mais je ne connais pas ces départ avec tous les mouvements autour. Je me ferai aider avec la présence de deux à trois personnes , dont certainement Julia Potier ma boat-capitain. Pour le golfe de Gascogne, on prendra ce qu’il y aura. Aujourd’hui, si l’organisation nous envoie c’est que c’est jouable. Avec ce bateau, les conditions musclées ne m’inquiètent pas.

S&R : Quel matériel de secours (spare dans le jargon maritime) embarquez vous pour la course ?

L. D. : J’aurai de quoi réparer dans tous les domaines, avec un pilote automatique en double.

S&R : Quel type de nourriture avez-vous prévu pour l’avitaillement et combien de jours embarquez-vous ?

L. D. : Mon avitaillement est constitué de plats-préparés sous-vide cuisinés par un ami. J’en prends 20 jours.

S&R : Allez-vous être présent sur Saint-Malo pour toute la durée du village départ ? Comment envisagez-vous cette dizaine de jours ?

L. D. : Je vais rester sur le village de course. J’aurai un peu de boulot, sur des bricoles à préparer, comme des panneaux solaires à rajouter. Il y aura aussi des opérations partenaires, avec des événements sur les deux week-ends du village départ et Carac dispose d’un stand. Mon entourage doit venir mais je ne serai pas forcément très disponible.

S&R : Est-ce que vous avez déjà des choses bien engagées pour 2015 ?

L. D. : Nous sommes en discussion sur un programme mais rien n’est fait.

Advanced Energies - Carac, le Class40 n°65 sur lequel Louis Duc s'élancera le 2 novembre prochain. Ce prototype Akilaria MK2 peut tirer son épingle du jeu en fonction des conditions. © Julia Potier
Advanced Energies – Carac, le Class40 n°65 sur lequel Louis Duc s’élancera le 2 novembre prochain. Ce prototype Akilaria MK2 peut tirer son épingle du jeu en fonction des conditions. © Julia Potier

 

A propos de Carole Astier

Présentation Carole Astier Le journalisme est une vraie vocation. Influencée par un grand-père qui rêvait être journaliste, j'ai pris la tangente dès qu'elle s'est présentée lors de mes études en biologie. Une simple affiche « L'ESJ Lille recrute : devenez Journaliste Scientifique ». Le bac +4 indispensable en poche, c'est à l'ESJ Lille et à l'USTL que j'apprends ce métier. Promotion JS7 (Journaliste et Scientifique) alias Promotion ESJ 74 (sortie juin 2000). Pour les stages lors de la scolarité pas de surprise : l'agence aixoise de La Provence, la ville du Cour Mirabeau où j'ai usé mes fonds de culotte en secondaire, et France Football, car déjà mon attrait pour le journalisme sportif avait été perçu par les encadrants de la formation. Le bouclage du numéro parution le vendredi, le soir de la reprise de Ronaldo (le Brésilien) et de la victoire surprise de Calais sur Bordeaux en demie-finale de la Coupe de France 2000 reste encore mon plus beau souvenir de bouclage. Pour obtenir ma première carte de presse, je travaille dans une toute petite rédaction de la presse informatique professionnelle verticale (SI assurance et SI secteur santé). L'opportunité de toucher à tous les types rédactionnels, d'assez rapidement prendre en main la réalisation de grands dossiers. Je participe aussi à la naissance de deux nouveaux magazines au sein de la rédaction, abordant l'aspect maquette, charte graphique, et tout l'aspect de la chaîne graphique. Puis je dégote des piges, pour un journal orienté « plateaux techniques », qui permet de sortir du champs du seul système d'information, et de parler de plus en plus de la pratique médicale. Expérience très enrichissante de la création d'une lettre d'information pour une association de médecins spécialistes. Puis la présence au départ d'une course de Class40 : la Solidaire du Chocolat, des rencontres avec les skippers assez faciles, l'absence d'articles sur le sujet, me font tenter un blog. Après une tentative personnelle sur twitter dès 2009, je décide d'y revenir avec une visée uniquement professionnelle, et je découvre le plaisir de faire du direct avec le Live Tweet, et l'un des meilleurs moyens pour se faire son réseau à distance quand on n'a pas la chance d'habiter près de la mer et de ne pas être du sérail. Le blog est plutôt gagnant : des visites, de la matière, et des bons retour côté skippers. Alors mûrit la volonté de faire plus... et ça devient Sailors & Races. Quel est le comble du journaliste de terrain ? Malgré la grande curiosité, être très intimidé face aux personnes inconnues avec qui il n'a pas convenu de rendez-vous au préalable, mais être capable de se lancer dans un projet de portail multimedia en solo, en chargeant la barque en ajoutant une autre catégorie de voilier, mais il était impossible de passer à côté de la Mini Transat 2013. Malgré quelques expériences de navigation adolescente, je revendique la posture du non-pratiquant. Comme j'ai couvert les systèmes d'information en étant juste une utilisatrice un peu éclairée, comme j'ai traité d'une chirurgie très pointue en ayant que mon bagage de maitrise de biochimie option nutrition pour principale base, je découvre les différents aspects de la navigation au fur et à mesure. Peut-être le meilleur moyen de savoir rester à distance pour garder le grand public comme l'une des cibles. Aucune arrogance vis à vis des confrères et autres titres en pensant faire mieux, mais juste l'idée qu'il y a de la place pour quelque chose de différent. Et avoir le luxe de pouvoir prendre le temps de mettre les choses en place, en suivant mon projet initial.

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