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Paul Hignard – Bruneau (104)

Paul Hignard en séance de banque d'image pour la Route du Rhum-Destination Guadeloupe avec le photographe Pierrick Contin.
Paul Hignard en séance de banque d’image pour la Route du Rhum-Destination Guadeloupe avec le photographe Pierrick Contin.

Paul Hignard est le benjamin de la course. Avec ses 19 ans, 3 mois et 5 jours au moment du départ, il établit un premier record sur la Route du Rhum, devenant le plus jeune concurrent depuis 1978 à s’élancer vers la Guadeloupe à partir de Saint-Malo. La cité corsaire n’a pas d’yeux que pour lui, puisqu’elle chérit aussi les autres skippers locaux, mais elle l’a fortement salué lors de la présentation des concurrents samedi soir. Son habile positionnement du plus jeune, lui a permis de très tôt capter l’intérêt des médias. Avec un sponsor titre et le premier exemplaire des Mach40, il va pouvoir montrer ses qualités de marins et tout en découvrant la course au large. Le garçon a un peu défrayé la gazette sportive en ne se montrant pas aux rendez-vous calés avec les médias pour la rencontre avec le plus âgé des concurrents de cette Route du Rhum, en l’occurrence Sir Robin Knox-Johnston. Vainqueur du Golden Globe Challenge, le premier tour du monde en solitaire sans escale en 1968-1969, l’homme fait figue de légende dans la course au large. Cet acte-manqué, pour ce qui était certainement aussi sa première rencontre avec les reporters sportifs spécialisés en voile, fait l’effet d’une vraie tâche d’huile. Pas sûr qu’un seul lavage permette de l’effacer.

Propos recueillis par Carole Astier

Sailors & Races : A quand remonte la première envie de faire la Route du Rhum ?

Paul Hignard : Depuis tout petit. A 11 ans j’étais à Saint-Malo sur l’eau le jour du départ. C’était quelque chose de très flou. Début juillet 2013, c’est entré dans le concret. C’est en fait parti d’une anecdote, de quelqu’un croisé sur un ponton qui me demande ce que je ferais après mon bac et moi qui lance comme pour mettre fin à la discussion « La Route du Rhum ». En fait notre échange se poursuit et j’improvise sur le projet que je peux mener. La réaction de mon interlocuteur a été d’offrir un petit financement, alors je me suis lancé.

S&R : Quelle est votre expérience transtlantique ?

P. H. : J’ai déjà fait deux transatlantiques, à 13 ans et à 14 ans, la première entre les Canaries et le Brésil et la seconde entre Gilbratar et la Guadeloupe. J’ai eu l’occasion d’exercer mes premières responsabilités en étant chef de quart la nuit, une sorte de faux solitaire.

S&R : Est-ce que vous vous considérez comme professionnel ou amateur sur cette course et quel a été le timing de votre projet Route du Rhum ?

P. H. : Aujourd’hui je vis de la voile grâce à mon projet. Après la discussion, j’ai réuni trois amis pour réfléchir en partant de rien, juste du temps que nous pouvions y consacrer. Décision de monter la structure financière pour recueillir l’argent et réalisation d’un dossier de présentation. Nous avons eu des coups de mains d’un chef d’entreprise, d’un graphiste… Au départ, il fallait que toutes les aides soient gratuites, donc cela a été assez compliqué. En juillet 2013 je comptais encore passer mon bac, mais cela fait sept mois que je suis à temps plein sur le projet, donc je n’ai pas passé mon bac. Je n’avais pas encore le budget mais j’ai dû faire un choix entre mon bac ou la Route du Rhum 2014.

S&R : Pourquoi avoir choisi la catégorie de la Class40 pour faire cette Route du Rhum ?

P. H. : Le choix de la Class40 s’est fait assez naturellement, parce que j’aime beaucoup. Elle reste accessible côté budget et c’est une classe assez dynamique. Avec mon positionnement de concurrent le plus jeune, la Class40 était dans la logique des choses.

S&R : Comment s’est fait le choix du bateau ? Est-ce qu’il y a eu des aménagements effectués pour cette Route du Rhum ?

P. H. : J’étais en attente de réponse de sponsor et c’est seulement début juillet 2014 que j’ai eu la réponse de mon sponsor titre, Bruneau. Il n’y avait pas énormément de choix, même s’il restait de tous les âges. Le bateau de Denis [Van Weynbergh] est presque de dernière génération, même s’il y a du boulot. Le Mach40 reste une valeur sûre. Il y a eu quelques optimisations, comme des winchs Pontos. J’ai enlevé l’hydrogénérateur et le désalinisateur. Pour le premier je n’avais pas le budget pour avoir le modèle Racing et pour le second j’ai déjà 40 litres d’eau obligatoire et le matériel pèse 61 kilos. C’est un bateau qui a besoin d’avoir du poids sur l’arrière, parce qu’il n’y a pas de ballast arrière.

S&R : Combien de jours de navigation sur ce Class40 avez vous effectués en 2014 ?

P. H. : J’ai effectué 35 jours de navigation à bord du voilier.

S&R : Qu’est-ce qui est prévu pour le retour de Guadeloupe du voilier ?

P. H. : Le voilier rentrera par la mer et le convoyage se fera en double.

S&R : Est-ce que le financement du projet comporte une part d’apport personnel ?

P. H. : Non, il y a pas d’apport personnel. Je n’ai pas voulu emprunter de l’argent à mes proches.

S&R : Qu’est-ce qui a été limitant en terme de budget (part vitale pour certains) ?

P. H. : Je n’ai pas à me plaindre sur mon budget. J’aurais pu faire plus sur les voiles et sur les ballasts. Je n’ai pas mis la trinquette sur enrouleur à cause du budget. L’électronique aurait pu être un peu plus révisé. Il manquait 20 000 euros avant que le Crédit Agricole d’Ile et Vilaine nous rejoigne, qu’on économisait sur la partie guadeloupéenne.

S&R : Est-ce que vous disposez du soutien d’un préparateur professionnel, et si oui sur quelle période ?

P. H. : Depuis le 8 août 2014, Damien Le Texier, qui connait bien le Mach40, prépare le voilier. A 19 ans je n’ai pas vraiment le temps de pouvoir m’y consacrer et je veux avoir un bateau très fiable. Damien n’est pas toujours à temps plein.

S&R : Comment s’est passée votre qualification pour cette Route du Rhum ?

P. H. : Ma qualification s’est super bien passée de Lorient je suis allé à Wolf Rock, l’Ile de Ré, San Sebastien, Ile de Ré pour revenir à Lorient. J’ai pris confiance dans le bateau, même s’il y avait de l’air.

S&R : Comment est-ce que vous vous entraînez (coach, solitaire) ?

P. H. : J’ai fait pas mal de sorties en solitaire ou en faux double, avec des vidéos pour optimiser les manœuvres en temps d’intervention. J’ai aussi fait quelques sorties avec Matthieu Souben (maître voilier chez Quantum et navigateur reconnu). Pour le temps que j’avais il me fallait d’abord prendre parfaitement le bateau en main avant de penser à des entraînements. Il y avait aussi la question du coût.

S&R : Etant basé à Saint-Malo, le bateau est à la cité corsaire depuis plusieurs semaines est-ce que cela change quelque chose ?

P. H. : Cela rassure d’avoir le bateau déjà à Saint-Malo. Malouins nous vivons la Route du Rhum un peu différemment des autres skippers. C’est bien de voir les autres bateaux qui arrivent petit à petit.

S&R : Quel plaisir trouvez-vous dans la compétition en solitaire et quels sont vos objectifs sportifs sur cette course ?

P. H. : La compétition en solitaire donne le sentiment d’être puissant. C’est l’autostatisfaction la plus complète en mer. Je ne suis pas solitaire dans la vie sauf en compétition, comme l’escalade que je pratique. J’attends de prendre du plaisir, arriver de l’autre côté et apprendre. Le reste on verra bien. Je n’ai jamais été compétiteur sur une transat.

S&R : Avez-vous adopté une préparation physique pour cette course ?

P. H. : La préparation physique m’a permet de combler à un moment le fait de ne pas avoir de bateau. J’ai été aidé par Vincent Beaudin, nous avons débuté trois mois avant l’été. Dans l’idée de renforcer le musculaire et les points vitaux comme la colonne vertébrale, gainer pour ne pas avoir de pépins de santé, travailler les obliques et l’endurance.

S&R : La première partie de la Route du Rhum, avec le départ à près de 100 solitaires plus les bateaux accompagnateurs jusqu’au dégolfage en novembre, est particulière. En avez-vous l’expérience et comment l’abordez-vous ?

P. H. : J’ai une appréhension du départ mais pas de peur. Je n’ai pas de pression pour l’instant je prends cela vraiment très cool. Mais dans quel état de stress serais-je alors ? Est-ce qu’il y aura de la perte de lucidité et de la fatigue ? J’ai déjà dégolfé dans la baston. C’est pas facile mais mon bateau est fiable. Il faut savoir faire le dos rond et trouver l’équilibre entre compétition et sécurité du bateau.

S&R : Quel matériel de secours (spare dans le jargon maritime) embarquez vous pour la course ?

P. H. : J’ai un bout-dehors de spare, car c’est réputé pour être le point faible des Mach40. Il est préparé pour être changeable en trois minutes, équipé de manilles textiles. Je vais prendre tout ce qui est possible de prendre.

S&R : Quel type de nourriture avez-vous prévu pour l’avitaillement et combien de jours embarquez-vous ?

P. H. : J’embarque du lyophilisé. Tout l’avitaillement a été préparé par une nutritionniste à partir de mes analyses sanguines. J’aurai 26 jours, c’est une prévision en cas de démâtage.

S&R : Vous êtes Malouin, comment envisagez cette dizaine de jours du village départ dans votre fief ?

P. H. : Je vais quand même me reposer et m’écarter un peu de Saint-Malo. Je suis en phase de grand repos pour répondre présent quelques heures par jour, avec rien avant 10h30 et rien après 17h00. L’événement nous le vivions déjà avant l’ouverture du village départ à Saint-Malo. Je suis maintenant fatigué car c’est un projet très chronophage. Il y aura assez peu de visites puisque les partenaires sont déjà pas mal venus.

S&R : Est-ce que vous avez déjà des choses bien engagées pour 2015 ?

P. H. : Nous verrons bien. Mais j’ai l’envie de continuer dans l’optique d’être à la Transat Jacques Vabre.

C'est sur le premier Mach40 que Paul Hignard a choisi de prendre le départ de sa première transatlantique en course, aux couleurs de Bruneau. © Alexis Courcoux
C’est sur le premier Mach40 que Paul Hignard a choisi de prendre le départ de sa première transatlantique en course, aux couleurs de Bruneau. © Alexis Courcoux

A propos de Carole Astier

Présentation Carole Astier Le journalisme est une vraie vocation. Influencée par un grand-père qui rêvait être journaliste, j'ai pris la tangente dès qu'elle s'est présentée lors de mes études en biologie. Une simple affiche « L'ESJ Lille recrute : devenez Journaliste Scientifique ». Le bac +4 indispensable en poche, c'est à l'ESJ Lille et à l'USTL que j'apprends ce métier. Promotion JS7 (Journaliste et Scientifique) alias Promotion ESJ 74 (sortie juin 2000). Pour les stages lors de la scolarité pas de surprise : l'agence aixoise de La Provence, la ville du Cour Mirabeau où j'ai usé mes fonds de culotte en secondaire, et France Football, car déjà mon attrait pour le journalisme sportif avait été perçu par les encadrants de la formation. Le bouclage du numéro parution le vendredi, le soir de la reprise de Ronaldo (le Brésilien) et de la victoire surprise de Calais sur Bordeaux en demie-finale de la Coupe de France 2000 reste encore mon plus beau souvenir de bouclage. Pour obtenir ma première carte de presse, je travaille dans une toute petite rédaction de la presse informatique professionnelle verticale (SI assurance et SI secteur santé). L'opportunité de toucher à tous les types rédactionnels, d'assez rapidement prendre en main la réalisation de grands dossiers. Je participe aussi à la naissance de deux nouveaux magazines au sein de la rédaction, abordant l'aspect maquette, charte graphique, et tout l'aspect de la chaîne graphique. Puis je dégote des piges, pour un journal orienté « plateaux techniques », qui permet de sortir du champs du seul système d'information, et de parler de plus en plus de la pratique médicale. Expérience très enrichissante de la création d'une lettre d'information pour une association de médecins spécialistes. Puis la présence au départ d'une course de Class40 : la Solidaire du Chocolat, des rencontres avec les skippers assez faciles, l'absence d'articles sur le sujet, me font tenter un blog. Après une tentative personnelle sur twitter dès 2009, je décide d'y revenir avec une visée uniquement professionnelle, et je découvre le plaisir de faire du direct avec le Live Tweet, et l'un des meilleurs moyens pour se faire son réseau à distance quand on n'a pas la chance d'habiter près de la mer et de ne pas être du sérail. Le blog est plutôt gagnant : des visites, de la matière, et des bons retour côté skippers. Alors mûrit la volonté de faire plus... et ça devient Sailors & Races. Quel est le comble du journaliste de terrain ? Malgré la grande curiosité, être très intimidé face aux personnes inconnues avec qui il n'a pas convenu de rendez-vous au préalable, mais être capable de se lancer dans un projet de portail multimedia en solo, en chargeant la barque en ajoutant une autre catégorie de voilier, mais il était impossible de passer à côté de la Mini Transat 2013. Malgré quelques expériences de navigation adolescente, je revendique la posture du non-pratiquant. Comme j'ai couvert les systèmes d'information en étant juste une utilisatrice un peu éclairée, comme j'ai traité d'une chirurgie très pointue en ayant que mon bagage de maitrise de biochimie option nutrition pour principale base, je découvre les différents aspects de la navigation au fur et à mesure. Peut-être le meilleur moyen de savoir rester à distance pour garder le grand public comme l'une des cibles. Aucune arrogance vis à vis des confrères et autres titres en pensant faire mieux, mais juste l'idée qu'il y a de la place pour quelque chose de différent. Et avoir le luxe de pouvoir prendre le temps de mettre les choses en place, en suivant mon projet initial.

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