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Stéphane Le Diraison – IXBlue BRS (109)

Portrait Stéphane Le Diraison - Adrien François
Stéphane Le Diraison est prêt pour prendre le départ la Route du Rhum 2014, une course inscrite à son programme dès le lancement de son projet Class40 en 2011. © Adrien François

Une seconde place en Mini Transat de Série en 2007, une quatrième en Prototype deux ans plus tard, victoires sur la Pornichet Select et le Trophée MAP, le CV maritime de Stéphane Le Diraison prouve que la course en solitaire lui sied plutôt bien. Une cinquième place sur La Qualif’ Solidaire avec un bateau mis à l’eau depuis trois ans, fait de lui un outsider sérieux pour le podium, si les conditions de navigation ne sont pas trop favorables aux récentes carènes plus puissantes. Cette première participation à la Route du Rhum, boucle pour lui un programme engagé avec le lancement de la construction de son Pogo 40 S2 n°109, aujourd’hui sous les couleurs de IXBlue – BRS.

Propos recueillis par Carole Astier

Sailors & Races : A quand remonte la première envie de faire la Route du Rhum ?

Stéphane Le Diraison : En 2010, je suis revenu de la Mini Transat avec l’idée de poursuivre le solitaire. Je regarde avec passion la Route du Rhum depuis que je suis très jeune et j’ai toujours eu le sentiment d’y être un jour.

S&R : Quelle est votre expérience transtlantique ?

S. Le D. : Je l’ai fait six fois : deux en solitaire et quatre en équipage, dont un en convoyage. Ma première fois en course en équipage en 2003 a été une belle expérience. Cela entrait dans ma volonté délibérée de me tester sur le large. La première arrivée en solitaire marque forcément : au Brésil avec l’incertitude du classement et une émotion très forte d’avoir réussi le défi. Depuis l’équateur nous ne savions pas où nous étions car les balises s’étaient éteintes en 2007. J’étais concentré sur la performance et le plaisir de naviguer, en plus je fais deuxième.

S&R : Avez-vous déjà fait une arrivée en Guadeloupe ou navigué dans cette zone des Antilles ?

S. Le D. : J’ai fait des arrivées à Sainte-Lucie et à Saint-Barth. Comme mes parents ont habité aux Antilles, je connais le passage des Saintes plutôt bien en course, et je l’ai déjà vécu la nuit et le jour. Je me suis donc déjà frotter aux difficultés même si je ne suis pas un expert du coin, car j’ai vu plusieurs scénarii, dont les orages.

S&R : Quelles sont vos attentes sur cette Route du Rhum 2014 ?

S. Le D. : Ce sera ma première vraie transatlantique en solitaire, sans escale, vraiment de continent à continent (la Mini Transat marque un arrêt dans un archipel portuguais ou espagnol sauf l’édition 2013, ndlr). Le projet est une vraie épreuve qui va au delà de la course. Il ne faut pas prendre à la légère mais avec beaucoup d’humilité. Je vais naviguer au mieux que je peux. Je suis dans le plan que j’avais choisi et je peux tout à fait être dans les 10 premiers si je mène le bateau en bon marin.

S&R : Est-ce que vous vous considérez comme professionnel ou amateur sur cette course et quel a été le timing de votre projet Route du Rhum ?

S. Le D. : Je suis entre les deux. La Route du Rhum, c’est quasiment impossible de la faire bien en amateur. Il faut dégager beaucoup de temps pour arriver dans de bonnes conditions. Il faut être carré comme quelqu’un qui est à plein temps dessus : avoir le nombre d’entraînements et de navigation sur le bateau, avoir l’expérience de ce dernier avec des conditions de vent très fortes. C’est forcément rassurant. On peut dire que je suis un semi-professionnel. Cela date de 2010 alors que Thomas Ruyant qui est un ami menait son propre projet Route du Rhum (course qu’il a remporté dans la catégorie, ndlr). J’ai bâti mon projet fin 2009 début 2010 et j’ai mis un an pour mettre les choses sur les rails avant de lancer la construction de mon Class40. J’ai ramené le bateau du Brésil après la Transat Jacques Vabre (loué à Damien Rousseau sous les couleurs de Mr Bricoloage, ndlr). Ensuite il y a eu le chantier du bateau et la course qualificative, où j’étais à 50 % sur le projet. En septembre, je suis passé à 75% sur le projet, n’allant plus au boulot que deux jours par semaine. Depuis octobre je suis globalement à 100% sur le projet, même si j’ai fait quelques petites interventions de temps à autre pour le boulot. Cela a été assez fatiguant de gérer deux sujets à la fois.

S&R : Pourquoi avoir choisi la catégorie de la Class40 pour faire cette Route du Rhum ?

S. Le D. : En toute humilité, elle constitue la suite logique de mon parcours de course au large, où j’aimerais atteindre l’Imoca mais la marge semblait trop important de la Mini à la fois sur le plan sportif et budgétaire. Pour moi la Class40 constitue l’école professionnelle de la course au large puisqu’on apprend à s’entourer d’une équipe ainsi que sur la gestion des partenaires. C’est un tremplin pour les autres catégories.

S&R : Comment s’est fait le choix du bateau ? Est-ce qu’il y a eu des aménagements effectués pour cette Route du Rhum ?

S. Le D. : Je n’avais pas 36 solutions avec mon budget qui était limité. J’avais le choix entre l’occasion et le neuf, j’ai opté pour le neuf et m’investir dans la construction, en ma qualité d’ingénieur. J’ai porté mon choix sur le Pogo 40 S2 qui a de beaux restes par rapport aux nouveaux voiliers. Je peux encore jouer. Le Mach40 c’était alors deux fois le budget que j’avais. Je ne ressens pas de frustration car j’ai choisi le meilleur de ce que je pouvais avoir. J’ai travaillé à simplifier un certain nombre de manœuvres. Le plan de pont a été modifié pour ramener des commandes à l’arrière. J’ai travaillé sur la fiabilisation et redondance du matériel électronique. Je ne dispose pas d’un circuit redondant mais de tout le matériel en double. Je mise sur ma bonne connaissance en électronique et j’interviendrai ponctuellement sur chaque élément s’il y a problème. C’est plus léger, très simple et robuste. Certains capteurs sont quand même redondants et en place.

S&R : Combien de jours de navigation sur ce Class40 avez vous effectués en 2014 ?

S. Le D. : J’ai navigué 50 jours cette année mais j’ai fait extrêmement peu de sorties à la journée, et fait quasiment que du off-shore donc j’ai aussi passé 50 nuits en mer. L’essentiel est de faire du large quand on prépare la Route du Rhum. Et j’ai aussi navigué exclusivement en solitaire, même pour l’ArMen Race que j’ai fait en faux solitaire. Il y a juste pour le convoyage à partir de Madère que j’ai été accompagné.

S&R : Qu’est-ce qui est prévu pour le retour de Guadeloupe du voilier ?

S. Le D. : Cela sera par la mer. D’un part pour des raisons budgétaires et aussi pour valoriser le bateau de l’autre côté. Faire la semaine d’Antigua, la course aux Etats-Unis, Charleston-Newport, c’est le bon chemin pour rentrer, et tenter le record de l’Atlantique Nord en Class40. Cela donnera un élan à la saison 2015.

S&R : Est-ce que le financement du projet comporte une part d’apport personnel ?

S. Le D. : Le projet a commencé par un apport personnel en 2011. Les sponsors aussi souhaitaient cet engagement personnel.

S&R : Qu’est-ce qui a été limitant en terme de budget (part vitale pour certains) ?

S. Le D. : Pas grand choses. Côté voile, il n’y a que le Code 0 et la trinquette qui sont d’origine (depuis le skippers a décidé aussi de se faire faire une nouvelle trinquette, ndlr). Aujourd’hui j’ai quatre partenaires qui sont arrivés au fur et à mesure. Cela a permis d’intervenir sur des couches un peu plus fines du projet. J’ai un projet plus professionnel. La ville de Boulogne-Billancourt, c’est un soutien moral et aussi business au projet. Cela permet d’ouvrir pas mal de portes.

S&R : Est-ce que vous disposez du soutien d’un préparateur professionnel, et si oui sur quelle période ?

S. Le D. : Oui cela est une part de la professionnalisation du projet. C’était ponctuellement avant les courses cette saison, puis en septembre et à Saint-Malo. C’est assez nouveau pour moi. Cela me permet d’être dans de bonnes conditions.

S&R : Comment s’est passée votre qualification pour cette Route du Rhum ?

S. Le D. : Cette Qualif’ Solidaire c’était plein de bonnes choses pour moi. Pourtant j’étais parti avec un safran cassé, qui se délaminait, et cela a impacté le pilote automatique qui ne savait plus barrer, faisant une erreur de cap. C’était agréable d’arriver avec un bateau tout blanc, sans pression, et d’être dans le match. Je me suis senti définitivement bien sur le bateau et la course en solitaire a été assez naturelle. Je me suis retrouvé dans les mêmes conditions qu’en Mini Transat, d’être à la limite.

S&R : Qu’est-ce que vous avez prévu pour le convoyage du Class40 vers Saint-Malo ?

S. Le D. : Départ le mercredi 22 octobre, car le mardi il y a un vent très fort de prévu. Nous [étions] plusieurs à partir de Lorient. Pour ma part, c’est en double avec Jonas Gerckens qui m’avait rendu des coups de main. Cela [a permis] de faire les images d’hélicoptère pour l’organisation dans la foulée du convoyage.

S&R : Quel plaisir trouvez-vous dans la compétition en solitaire et quels sont vos objectifs sportifs sur cette course ?

S. Le D. : J’ai plein de plaisir dans la compétition en solitaire. C’est ce que je préfère au large. Il y a une mise au défi personnel : donner le meilleur. Et c’est vraiment seulement dans la compétition que l’on trouve cela. Il n’y a que dans les conditions de course que l’on doit faire cela tout seul. Cela favorise le sens marin et l’anticipation. Quant au résultat tout est possible dans les deux sens. Je suis bien dans ma tête, j’ai de l’expérience et des résultats, et dans les 10 est un objectif atteignable. Mais cela devient compliqué car je suis dans le groupe où il y a plus de jeu. Il faudra être attentif à l’option et au rythme.

S&R : Avez-vous adopté une préparation physique pour cette course ?

S. Le D. : Toute l’année je fais trois à quatre heures de sport par semaine. Pour la Route du Rhum, j’ai intensifié le travail d’endurance pour augmenter la capacité de récupération et palier au manque de sommeil. Je fais de la course à pied et de la nage en mer, en région parisienne je fais de la salle de sport où je travaille le dos et les abdominaux.

S&R : La première partie de la Route du Rhum, avec le départ à près de 100 solitaires plus les bateaux accompagnateurs jusqu’au dégolfage en novembre, est particulière. En avez-vous l’expérience et comment l’abordez-vous ?

S. Le D. : C’est forcément particulier. J’ai fait des départs avec pas mal de monde sur la Mini Transat mais là il y aura un mélange de tout. Il y aura beaucoup de monde sur le Cap Fréhel et sur le bateau. La gestion de la sécurité de cet événement va être sensible. J’étais sur un bateau assistance il y a quatre ans. Si les conditions sont bonnes ça se passera bien. Si cela n’est pas le cas, cela vaudra le coup de partir prudemment. Le dégolfage sera un gros sujet. Les dépressions sont basses à cette période, souvent fortes et peuvent se succéder. Il faut se préparer parce que jusqu’aux Açores cela peut être dur. En 2009, nous avions eu 7 jours de près. Y penser c’est faire de la préparation mentale. Ramener mon bateau en hiver en début d’année dans des conditions extrêmes m’a donné de l’expérience. Le premier tiers de la course favorise le bon sens marin. Ensuite c’est plus propice à la vitesse. Aujourd’hui, la situation pour ce début de novembre 2014 paraît un peu instable. Je m’y pencherais trois à quatre jours avant le départ, avant ce sera juste un suivi de la météo en cours.

S&R : Quel matériel de secours (spare dans le jargon maritime) embarquez vous pour la course ?

S. Le D. : En électronique, pour le pilote et le calculateur j’ai tout en double. Bien entendu des drisses, des bouts et une trousse à outils un peu fournie. Par contre je ne prends pas de latte de rechange, c’est trop compliqué à changer.

S&R : Quel type de nourriture avez-vous prévu pour l’avitaillement et combien de jours embarquez-vous ?

S. Le D. : J’ai un objectif de faire la transatlantique en 18 jours, donc je prévoie pour 20 jours de nourriture. C’est un mélange de pâtes, riz complet et plats sous vide, type lyophilisés. Lors du convoyage j’avais prévu de tester une dizaine de plats pour en ajouter de nouveau. Il y aura bien entendu aussi du frais.

S&R : Allez-vous être présent sur Saint-Malo pour toute la durée du village départ ? Comment envisagez-vous cette dizaine de jours ?

S. Le D. : J’ai loué un appartement à côté et j’ai tout fait pour que le bateau soit prêt à Saint-Malo pour ne pas rester à bricoler dessus. J’espère ainsi sortir de l’ambiance du village pour enlever la pression. Il y a tout de même les éléments obligatoires (contrôles sécurité et jauge, briefing). Avec mes partenaires, 95 % des relations publiques ont été faites avant le départ pour Saint-Malo. Il y aura juste un d’entre-eux qui vient le samedi mais de manière plus informelle. Dans mon entourage, pas mal de gens ont prévu de passer, je serais content d’avoir de la visite mais pas forcément très disponible. Par contre le samedi 1er novembre j’ai prévu de le partager avec ceux qui veulent me voir. Pour le départ BRS a loué un semi-rigide, pour m’apporter son soutien.

S&R : Est-ce que vous avez déjà des choses bien engagées pour 2015 ?

S. Le D. : L’idée est de vendre le bateau. La suite je m’interdis d’y penser car cela déconcentre un peu. Il y a le Vendée Globe qui m’attire mais le passage au multicoque pourrait être enrichissant aussi. Un de mes partenaires a manifesté son envie de continuer mais cette Route du Rhum peut changer beaucoup de choses.

IXBlue-BRS en hélico - Alexis Courcoux

A propos de Carole Astier

Présentation Carole Astier Le journalisme est une vraie vocation. Influencée par un grand-père qui rêvait être journaliste, j'ai pris la tangente dès qu'elle s'est présentée lors de mes études en biologie. Une simple affiche « L'ESJ Lille recrute : devenez Journaliste Scientifique ». Le bac +4 indispensable en poche, c'est à l'ESJ Lille et à l'USTL que j'apprends ce métier. Promotion JS7 (Journaliste et Scientifique) alias Promotion ESJ 74 (sortie juin 2000). Pour les stages lors de la scolarité pas de surprise : l'agence aixoise de La Provence, la ville du Cour Mirabeau où j'ai usé mes fonds de culotte en secondaire, et France Football, car déjà mon attrait pour le journalisme sportif avait été perçu par les encadrants de la formation. Le bouclage du numéro parution le vendredi, le soir de la reprise de Ronaldo (le Brésilien) et de la victoire surprise de Calais sur Bordeaux en demie-finale de la Coupe de France 2000 reste encore mon plus beau souvenir de bouclage. Pour obtenir ma première carte de presse, je travaille dans une toute petite rédaction de la presse informatique professionnelle verticale (SI assurance et SI secteur santé). L'opportunité de toucher à tous les types rédactionnels, d'assez rapidement prendre en main la réalisation de grands dossiers. Je participe aussi à la naissance de deux nouveaux magazines au sein de la rédaction, abordant l'aspect maquette, charte graphique, et tout l'aspect de la chaîne graphique. Puis je dégote des piges, pour un journal orienté « plateaux techniques », qui permet de sortir du champs du seul système d'information, et de parler de plus en plus de la pratique médicale. Expérience très enrichissante de la création d'une lettre d'information pour une association de médecins spécialistes. Puis la présence au départ d'une course de Class40 : la Solidaire du Chocolat, des rencontres avec les skippers assez faciles, l'absence d'articles sur le sujet, me font tenter un blog. Après une tentative personnelle sur twitter dès 2009, je décide d'y revenir avec une visée uniquement professionnelle, et je découvre le plaisir de faire du direct avec le Live Tweet, et l'un des meilleurs moyens pour se faire son réseau à distance quand on n'a pas la chance d'habiter près de la mer et de ne pas être du sérail. Le blog est plutôt gagnant : des visites, de la matière, et des bons retour côté skippers. Alors mûrit la volonté de faire plus... et ça devient Sailors & Races. Quel est le comble du journaliste de terrain ? Malgré la grande curiosité, être très intimidé face aux personnes inconnues avec qui il n'a pas convenu de rendez-vous au préalable, mais être capable de se lancer dans un projet de portail multimedia en solo, en chargeant la barque en ajoutant une autre catégorie de voilier, mais il était impossible de passer à côté de la Mini Transat 2013. Malgré quelques expériences de navigation adolescente, je revendique la posture du non-pratiquant. Comme j'ai couvert les systèmes d'information en étant juste une utilisatrice un peu éclairée, comme j'ai traité d'une chirurgie très pointue en ayant que mon bagage de maitrise de biochimie option nutrition pour principale base, je découvre les différents aspects de la navigation au fur et à mesure. Peut-être le meilleur moyen de savoir rester à distance pour garder le grand public comme l'une des cibles. Aucune arrogance vis à vis des confrères et autres titres en pensant faire mieux, mais juste l'idée qu'il y a de la place pour quelque chose de différent. Et avoir le luxe de pouvoir prendre le temps de mettre les choses en place, en suivant mon projet initial.

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