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Thibaut Vauchel-Camus – Solidaires en Peloton (137)

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Thibaut Vauchel-Camus prendra le départ de la Route du Rhum sur un Mach40 flambant neuf. © Pierrick Contin

Si le nom de l’écurie de course est Solidaires en Peloton, c’est bien au singulier que Thibaut Vauchel-Camus va devoir composer pour cette Route du Rhum 2014 qui sera sa première course au large en solitaire. Grâce à l’un des mécènes Ty-Concept, il va s’élancer sur le dernier exemplaire du Mach40 (numéro de voile 137) vers la Guadeloupe, île où il a grandi. Pour cette deuxième saison en Class40, construction du nouveau voilier oblige, la Route du Rhum sera sa seule course du calendrier officiel.

Propos recueillis par Carole Astier

Sailors & Races : A quand remonte la première envie de faire la Route du Rhum ?

Thibaut Vauchel-Camus : En 1998 j’ai assisté à mon premier départ de la Route du Rhum, mais ayant grandi en Guadeloupe, gamin, j’avais déjà fait les arrivées. Le projet a mûri quand j’ai vu Victorien [Erussard] (son compère de Solidaires en Peloton, ndlr), partir en 2008. Mais c’est un projet relativement lourd, et je ne ressentais pas d’insatisfaction sur mon projet en multicoque. Au terme de la Transat Jacques Vabre, je me suis senti rassuré sur le plaisir que j’allais prendre sur une telle course.

S&R : Quelle est votre expérience transtlantique ?

T. V.-C. : La Transat Jacques Vabre 2013 représente mon unique transatlantique. J’ai été marqué par le départ : le fait de quitter les bassins et l’entourage pour une bonne période. La course a été un affrontement avec le canote et avec soi-même.

S&R : Avez-vous déjà fait une arrivée en Guadeloupe ou navigué dans cette zone des Antilles ?

T. V.-C. : J’ai fait quelques convoyages aux Antilles et des courses comme le Tour de Guadeloupe. La côte est très particulière. Je connais bien les dix derniers milles de la course.

S&R : Quelles sont vos attentes sur cette Route du Rhum 2014 ?

T. V.-C. : Me faire réellement plaisir et être à la hauteur du bateau que j’ai dans les mains. Ce voilier est fait pour jouer le haut de tableau, mais il y a un très gros niveau de course dans la catégorie.

S&R : Est-ce que vous vous considérez comme professionnel ou amateur sur cette course et quel a été le timing de votre projet Route du Rhum ?

T. V.-C. : Côté statut, je suis un peu entre deux chaises : je suis accompagné par un professionnel qui est Victorien Erussard, cela me soulage sur pas mal de choses. Il y a une vraie démarche de professionnel, mais tout un côté est en amateur par manque de moyens. Pour moi, le projet Route du Rhum s’est clairement décidé trois à quatre jours avant l’arrivée au Brésil. Je suis à 200 % sur le projet depuis mon retour de vacances, fin janvier avec la recherche de budget et le choix du bateau. J’ai fait un peu de F18 pour garder la main sur le côté physique, comme un peu d’IRC.

S&R : Pourquoi avoir choisi la catégorie de la Class40 pour faire cette Route du Rhum ?

T. V.-C. : Pour faire de la course au large avec un budget abordable, le Class40 est un beau bateau. De plus nous restons des régatiers : nous pouvons avoir une confrontation à armes égales. C’est aussi une catégorie où règne un bon esprit. Nous avons bénéficié de coups de main et de l’expérience d’autres skippers, même Sébastien Rogues (skipper de GDF-Suez qui navigue sur un Mach40, ndlr) a joué le jeu de nous conseiller.

S&R : Comment s’est fait le choix du bateau ? Est-ce qu’il y a eu des aménagements effectués pour cette Route du Rhum ?

T. V.-C. : Nous avons regardé plusieurs modèle, le plan Botin ainsi que le Tizh40, mais nous avions peu de temps. Le Mach40 est un bateau qui a fait ses preuves et nous étions sereins quant aux délais de livraison et nous avons aussi bénéficié du travail des autres fournisseurs réalisés sur les exemplaires déjà sortis. Le Mach40 est loué au mécène à un prix pour que l’opération soit nulle pou lui : 120000 euros pour la saison 2014. Nous disposons des mêmes moules que le Class40 134 (Guadeloupe Grand Large – 1001 Piles Batteries sur cette Route du Rhum, ndlr), mais un peu moins chargé au niveau du plan de pont et nous n’avons pas de safrans relevables.

S&R : Combien de jours de navigation sur ce Class40 avez vous effectués en 2014 ?

T. V.-C. : Avec la mise à l’eau cet été, cela a été assez réduit : quatre jours de régate en équipage, trois jours en solitaire sur une course IRC, une vingtaine de jours pour les relations publiques avec les partenaires et les malades (lié à la fondation Arsep, ils font naviguer des personnes atteintes de sclérose en plaques) et la qualification. Il manque surtout un programme en conditions plus venteuses, je n’ai jamais essayé la trinquette ni pris au delà d’un ris dans la grand voile.

S&R : Qu’est-ce qui est prévu pour le retour de Guadeloupe du voilier ?

T. V.-C. : En l’état, le financement du projet ne nous permet pas nous offrir le cargo. Nous allons le laisser un peu là-bas pour faire quelques régates dans les Caraïbes.

S&R : Est-ce que le financement du projet comporte une part d’apport personnel ?

T. V.-C. : L’apport personnel se situe dans le sacrifice sur la rémunération qui est à minima.

S&R : En quoi est-ce que le budget dont vous disposez a été limitant ?

T. V.-C. : Je n’aurai pas de pilote de secours ni de source d’énergie secondaire. Par manque de temps et de moyens, je n’ai pas participé aux stages d’entraînement de Lorient. Tout comme nous aurions pu faire du coaching avec un figariste.

S&R : Est-ce que vous disposez du soutien d’un préparateur professionnel, et si oui sur quelle période ?

T. V.-C. : Non, le bateau ne dispose pas d’un préparateur, nous avons fait appel à des prestataires. Le réseau de copains a donné des coups de main amicaux.

S&R : Comment s’est passée votre qualification pour cette Route du Rhum ?

T. V.-C. : C’était du 7 au 12 septembre. Les conditions étaient bonnes : jamais au dessus de 25 nœuds. Je n’ai presque jamais fait de contre bord. Par contre j’ai eu un peu de pétole. Pour du solitaire c’était plutôt bien. En plus je suis parti en même temps que Halvard Mabire et Miranda Merron, et nous avons fait une mini régate jusqu’à Wolf Rock.

S&R : Comment est-ce que vous vous entraînez (coach, solitaire) ?

T. V.-C. : Le projet a un peu manqué en navigation en solitaire, mais j’ai fait quand même beaucoup de sorties malgré nos délais serrés.

S&R : Solidaires en peloton est basé à Saint-Malo donc vous n’avez pas de convoyage pour rejoindre le village départ, est-ce que cela change quelque chose ?

T. V.-C. : Cela sera sympa d’être sur place et d’accueillir les skippers.

S&R : Quel plaisir trouvez-vous dans la compétition en solitaire et quels sont vos objectifs sportifs sur cette course ?

T. V.-C. : En Class40, il y a de la bagarre même parfois à vue en course hauturière. J’aime les efforts prolongés en régate au contact. Faire une arrivée en Guadeloupe cela aura une valeur supplémentaire pour moi car c’est là que j’ai commencé à faire de la voile. Je pars de la maison pour en quelque sorte arriver aussi à la maison. Le bateau est performant mais avec mon peu d’expérience (solitaire et course au large, ndlr), je suis en position d’outsider. Avec ces cartes, c’est clair que je joue le podium et ne pas faire dans les cinq sera quelque part décevant. Je vais y aller décomplexé. Je n’aurai pas la même pression que les autres skippers qui sont attendus.

S&R : Avez-vous adopté une une préparation physique pour cette course ?

T. V.-C. : Cet hiver, j’ai fait un peu de foncier ludique. Ces derniers mois, je ne suis plus en mode athlétique par manque de temps : partagé entre le bureau, la gestion du bateau, la préparation…

S&R : La première partie de la Route du Rhum, avec le départ à près de 100 solitaires plus les bateaux accompagnateurs jusqu’au dégolfage en novembre, est particulière. En avez-vous l’expérience et comment l’abordez-vous ?

T. V.-C. : Sur le départ il faudra faire gaffe. J’ai déjà fait des départs à 300 bateaux en catamaran de sport. Mais là en solitaire, ça sera autre chose. L’année dernière nous avons eu une traversée du glofe de Gascogne assez cool (les Class40 avaient été arrêté à Roscoff pour laisser le front passer, ndlr), mais au cap Finisterre nous nous sommes faits cueillir. C’est sûr qu’il ne faudra pas faire le fou en attaquant avec des fortes conditions.

S&R : Quel matériel de secours (spare dans le jargon maritime) embarquez vous pour la course ?

T. V.-C. : Un bout-dehors de spare. C’est un élément dont on connaît la fragilité sur le Mach40 (avaries pour Jörg Riechers lors de la Transat Québec Saint-Malo et Normandy Channel Race 2012).

S&R : Quel type de nourriture avez-vous prévu pour l’avitaillement et combien de jours embarquez-vous ?

T. V.-C. : J’embarque 18 jours de nourriture en lyophilisé ainsi que du pain Poilâne sous-vide qui tient deux à trois semaines.

S&R : Allez-vous être présent sur Saint-Malo pour toute la durée du village départ ? Comment envisagez-vous cette dizaine de jours ?

T. V.-C. : Je vais rester dans le coin, il y a des choses de prévus tous les jours, avec un fort intérêt des médias locaux. Nous avons le baptême le samedi 25 octobre. J’espère pouvoir me poser un peu lors des derniers jours.

S&R : Est-ce que vous avez déjà des choses bien engagées pour 2015 ?

T. V.-C. : Nous devrions participer à la RORC Caribbean 600, aux Voiles de Saint-Barth et nous réfléchissons à la semaine Antigua. Le retour en métropole se ferait en avril 2015 pour reprendre une saison classique de Class40. Le projet de Solidaires en Peloton se pérennise mais avant de faire la Route du Rhum il m’est difficile de m’y projeter.

Le Class40 n°137, le cinquième exemplaire de Mach40 qui va naviguer sur cette Route du Rhum sous les couleurs de la fondation Arsep avec Solidaires en Peloton. © Pierrick Contin
Le Class40 n°137, le cinquième exemplaire de Mach40 qui va naviguer sur cette Route du Rhum sous les couleurs de la fondation Arsep avec Solidaires en Peloton. © Pierrick Contin

A propos de Carole Astier

Présentation Carole Astier Le journalisme est une vraie vocation. Influencée par un grand-père qui rêvait être journaliste, j'ai pris la tangente dès qu'elle s'est présentée lors de mes études en biologie. Une simple affiche « L'ESJ Lille recrute : devenez Journaliste Scientifique ». Le bac +4 indispensable en poche, c'est à l'ESJ Lille et à l'USTL que j'apprends ce métier. Promotion JS7 (Journaliste et Scientifique) alias Promotion ESJ 74 (sortie juin 2000). Pour les stages lors de la scolarité pas de surprise : l'agence aixoise de La Provence, la ville du Cour Mirabeau où j'ai usé mes fonds de culotte en secondaire, et France Football, car déjà mon attrait pour le journalisme sportif avait été perçu par les encadrants de la formation. Le bouclage du numéro parution le vendredi, le soir de la reprise de Ronaldo (le Brésilien) et de la victoire surprise de Calais sur Bordeaux en demie-finale de la Coupe de France 2000 reste encore mon plus beau souvenir de bouclage. Pour obtenir ma première carte de presse, je travaille dans une toute petite rédaction de la presse informatique professionnelle verticale (SI assurance et SI secteur santé). L'opportunité de toucher à tous les types rédactionnels, d'assez rapidement prendre en main la réalisation de grands dossiers. Je participe aussi à la naissance de deux nouveaux magazines au sein de la rédaction, abordant l'aspect maquette, charte graphique, et tout l'aspect de la chaîne graphique. Puis je dégote des piges, pour un journal orienté « plateaux techniques », qui permet de sortir du champs du seul système d'information, et de parler de plus en plus de la pratique médicale. Expérience très enrichissante de la création d'une lettre d'information pour une association de médecins spécialistes. Puis la présence au départ d'une course de Class40 : la Solidaire du Chocolat, des rencontres avec les skippers assez faciles, l'absence d'articles sur le sujet, me font tenter un blog. Après une tentative personnelle sur twitter dès 2009, je décide d'y revenir avec une visée uniquement professionnelle, et je découvre le plaisir de faire du direct avec le Live Tweet, et l'un des meilleurs moyens pour se faire son réseau à distance quand on n'a pas la chance d'habiter près de la mer et de ne pas être du sérail. Le blog est plutôt gagnant : des visites, de la matière, et des bons retour côté skippers. Alors mûrit la volonté de faire plus... et ça devient Sailors & Races. Quel est le comble du journaliste de terrain ? Malgré la grande curiosité, être très intimidé face aux personnes inconnues avec qui il n'a pas convenu de rendez-vous au préalable, mais être capable de se lancer dans un projet de portail multimedia en solo, en chargeant la barque en ajoutant une autre catégorie de voilier, mais il était impossible de passer à côté de la Mini Transat 2013. Malgré quelques expériences de navigation adolescente, je revendique la posture du non-pratiquant. Comme j'ai couvert les systèmes d'information en étant juste une utilisatrice un peu éclairée, comme j'ai traité d'une chirurgie très pointue en ayant que mon bagage de maitrise de biochimie option nutrition pour principale base, je découvre les différents aspects de la navigation au fur et à mesure. Peut-être le meilleur moyen de savoir rester à distance pour garder le grand public comme l'une des cibles. Aucune arrogance vis à vis des confrères et autres titres en pensant faire mieux, mais juste l'idée qu'il y a de la place pour quelque chose de différent. Et avoir le luxe de pouvoir prendre le temps de mettre les choses en place, en suivant mon projet initial.

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