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Vincent Lantin – Vanetys Le Slip Français (31)

A 33 ans, âge plutôt symbolique, Vincent Lantin va prendre son premier départ pour une transat en solitaire, et certainement trouver quelques réponses. © Christophe Launay/Sea Launay
A 33 ans, âge plutôt symbolique, Vincent Lantin va prendre son premier départ pour une transat en solitaire, et certainement trouver quelques réponses. © Christophe Launay/Sea Launay

Il ne faut certainement pas réduire Vincent Lantin à l’un de ses sponsors titres, Le Slip Français jusqu’à finir en Une de Sailing Anarchy, le site anglo-saxon renommé chez les voileux, grâce aux photos réalisées par Sea Launay. Vanetys, ses autres partenaires et amis qui vont lui permettre de boucler son budget, ou choisir Jean Galfione comme parrain du voilier, le marin sait s’entourer.

Propos recueillis par Carole Astier

Sailors & Races : A quand remonte la première envie de faire la Route du Rhum ?

Vincent Lantin : J’ai bossé dans différentes équipes de course au large. J’ai participé à ma première Route du Rhum dans l’ombre pour Alain Gaultier, j’avais 16 ans. J’ai fait deux éditions avec Banque Populaire et Région Guadeloupe. Cela m’a forcément travaillé au fil des ans. Le déclic cela a été de suivre l’arrivée de la rameuse [canadienne] Mylène Paquette en pleine mer à Lorient. Quand j’ai vu sa force, j’ai eu envie d’avoir un projet. C’est devenu le Rhum parce que j’ai eu l’occasion d’acheter un bateau et que cela paraissait accessible. J’ai 32 ans (33 ans depuis dimanche dernier ndlr) et j’ai besoin de me retrouver.

S&R : Quelle est votre expérience transtlantique ?

V. L. : J’ai fait plus d’une quinzaine de traversées en Atlantique, notamment en multicoque. J’ai fait beaucoup de convoyages de course. La première était le retour Guadeloupe-France du Multi 50 Région de Guadeloupe. En Class40, j’ai fait le retour d’un voilier de la Solidaire du Chocolat. Je me souviens particulièrement d’un passage dans les Bermudes. Nous sommes passés de zéro vent dans la nuit à des trombes d’eau et 45 nœuds de vent qui ont duré toute la nuit.

S&R : Avez-vous déjà fait une arrivée en Guadeloupe ou navigué dans cette zone des Antilles ?

V. L. : J’ai fait deux transatlantiques de plaisance avec arrivées en Guadeloupe ainsi que des rallyes et raids puisque j’ai habité là-bas pendant plusieurs années. L’important est de ne pas se faire piéger dans les dévents de l’île.

S&R : Quelles sont vos attentes sur cette Route du Rhum 2014 ?

V. L. : Mes attentes sont de me découvrir. C’est ma première transatlantique en solitaire. Faire cette course vient d’un vrai besoin personnel. Je recherche la liberté, j’aime être sur l’eau et je n’ai pas du tout envie d’avoir de pression.

S&R : Est-ce que vous vous considérez comme professionnel ou amateur sur cette course et quel a été le timing de votre projet Route du Rhum ?

V. L. : Je me considère comme amateur même si mon métier depuis 16 ans est de préparer des bateaux. Au mois de décembre, à l’occasion du salon Nautic, j’ai discuté avec des partenaires techniques. Puis j’ai acheté le bateau avec un ami pour un budget raisonnable. J’ai mené le projet avec mes moyens et j’ai vendu mes parts dans l’entreprise de semi-rigides à Lorient il y a deux mois. Pour moi c’est un investissement. Je suis à 100% sur le projet depuis le début même si je travaille également sur d’autres projets.

S&R : Pourquoi avoir choisi la catégorie de la Class40 pour faire cette Route du Rhum ?

V. L. : Ce n’est pas un choix. C’est une obligation avec mon bateau d’être en Class40; que j’avais choisi plutôt à cause de son prix attractif. Je ne pars pas avec un bateau gagnant, et pour des raisons de budget serré, je me serai bien vu dans la catégorie Rhum. Inscription plus élevée, adhésion à la Classe, le surcoût pour les participants à la Route du Rhum… cela pèse financièrement.

S&R : Comment s’est fait le choix du bateau ? Est-ce qu’il y a eu des aménagements effectués pour cette Route du Rhum ?

V. L. : Le bateau était à La Trinité-sur-Mer, nous l’avons pris pour investir et faire des régates en Class40. Nous n’avons pas fait d’aménagement pour ne pas être obligés de repasser à la jauge.

S&R : Combien de jours de navigation sur ce Class40 avez vous effectués en 2014 ?

V. L. : Plus de 80 jours, avec des navigation en solo-double, comme avec Alan Roura ou d’autres skippers à la cool.

S&R : Qu’est-ce qui est prévu pour le retour de Guadeloupe du voilier ?

V. L. : Le voilier restera un peu aux Antilles pour participer à quelques courses confié à des amis : Voiles de Saint-Barth, la RORC Caribbean 600 par exemple. Ensuite il sera ramené par une équipe de Sensation Ocean.

S&R : Est-ce que le financement du projet comporte une part d’apport personnel ?

V. L. : À 90 % je suis mon propre sponsor.

S&R : Qu’est-ce qui a été limitant en terme de budget (part vitale pour certains) ?

V. L. : Il manque encore une partie du budget et j’espère que le baptême mettra assez mon projet en lumière pour compléter cette part. Nous n’avons pas fait une vraie beauté du bateau. Je profite bien de la force du Slip Français pour communiquer et notamment sur les réseaux sociaux.

S&R : Est-ce que vous disposez du soutien d’un préparateur professionnel, et si oui sur quelle période ?

 V. L. : Non, j’ai tout fait avec la participation d’amis qui sont venus m’aider. Dont quelques sociétés avec lesquelles je travaille depuis des années.

S&R : Comment s’est passée votre qualification pour cette Route du Rhum ?

V. L. : J’ai pris un pied d’enfer à naviguer tout seul. Et cela m’a donné  l’idée d’autres projets. J’ai fait un vrai rapport détaillé, type récit d’aventure, au directeur de course Gilles Chiorri. La qualification a été validée mais j’ai fait moins de 800 milles (la course La Qualif aussi avait été réduite à 750 milles, ndlr) me retrouvant sans pilote automatique du deuxième au cinquième jour de navigation. Cela n’était pas prudent de me mettre dans le rouge et de continuer surtout qu’aux Glénans nous avons eu un petit coup de baston avec 25 nœuds et le rail de grand voile commençait à s’arracher.

S&R : Comment est-ce que vous vous entraînez (coach, solitaire) ?

V. L. : J’ai fait des entraînements avec mon co-propriétaire (Bruno-Jean Demaizières, ndlr) qui est un grand montagnard, où nous finissions par des débriefs des navigations. A Lorient nous sommes bien placé pour pouvoir naviguer tout seul.

S&R : Qu’est-ce que vous avez prévu pour le convoyage du Class40 vers Saint-Malo ?

V. L. : Le week-end avant l’ouverture du village, en petit comité avec les trois personnes qui me soutiennent depuis le debut : Bruno, mon co-propriétaire, Yann (le twailor @SuperArlequin, ndlr) et l’architecte.

S&R : Quel plaisir trouvez-vous dans la compétition en solitaire et quels sont vos objectifs sportifs sur cette course ?

V. L. : Cela sera ma première course en solitaire, mais je me suis éclaté sur la qualification. Je ferais plutôt une course dans la course, peut-être avec Alan Roura. Sportivement, je peux viser le milieu de classement. Mon objectif est de terminer en 18 à 19 jours maximum et donc de prendre l’apéro le 20 novembre en Guadeloupe.

S&R : Avez-vous adopté une préparation physique pour cette course ?

V. L. : J’ai fait beaucoup de vélo, grace à un partenaire qui m’en a offert un, en parcourant 180 kilomètres par semaine. J’ai aussi fait un peu de course à pied. La préparation physique est vitale. Je me suis mis une fois mis dans le rouge pendant la qualification et il est important d’avoir la capacité d’anticiper, type une heure à l’avance ses manœuvres.

S&R : La première partie de la Route du Rhum, avec le départ à près de 100 solitaires plus les bateaux accompagnateurs jusqu’au dégolfage en novembre, est particulière. En avez-vous l’expérience et comment l’abordez-vous ?

V. L. : Je n’ai jamais pris de départ en solo. Il faudra faire attention la première nuit aussi. La seule chose que j’appréhende c’est comment je vais gérer le fait de quitter la famille et les amis. Je pense aussi qu’à ce moment je vais me refaire le match des six à sept derniers mois. J’ai déjà dégolfé en novembre. Je sais qu’il va y avoir du monde sur l’eau toute cette partie : bateaux de pêche, cargos, et au départ une centaine de lascars et copains autour.

S&R : Quel matériel de secours (spare dans le jargon maritime) embarquez vous pour la course ?

V. L. : Je n’ai pas prévu grand chose : drisses, écoutes, kits de réparation, pièces de sécurité. Le grand classique.

S&R : Quel type de nourriture avez-vous prévu pour l’avitaillement et combien de jours embarquez-vous ?

V. L. : L’avitaillement est commandé auprès d’une société canadienne spécialisée dans la nourriture lyophilisée, Happy Yak. Ce sont des petites quantités en sachet mais avec des vrais morceaux de légumes. Tu peux même goûter ton plat avant de le faire lyophiliser. Et j’ai un copain restaurateur à Lorient qui m’a préparé des conserves. J’aurai deux tiers en lyophilisé et un tiers en conserves. J’embarque 23 à 24 jours si jamais j’ai une grosse avarie. Pour la qualification j’avais embarqué pour six jours de nourriture, il m’en restait et j’avais bien mangé.

S&R : Allez-vous être présent sur Saint-Malo pour toute la durée du village départ ? Comment envisagez-vous cette dizaine de jours ?

V. L. : Je reste à Saint-Malo, avec mon anniversaire le 26 octobre. Peut-être que je me mettrais au vert deux trois jours. Je vais recevoir les partenaires ainsi que des écoles. Normalement le bateau est prêt. Entre copains, famille et amis, il va y avoir pas mal de monde en visite. C’est une chance de pouvoir faire rêver les gens. Le club entrepreneurs partenaire sera plutôt à l’arrivée en Guadeloupe.

S&R : Est-ce que vous avez déjà des choses bien engagées pour 2015 ?

V. L : J’ai déjà plusieurs projets à suivre. Pour 2015 une tentative de battre le record de Pierre-Yves Moreau et Benoît Lequin, de traverser de l’Atlantique nord en voilier non habitable. Et je travaille aussi sur une traversée à la rame Halifax-Lorient.

Vanetys - Le Slip Français, c'est le nom pour cette route du Rhum de ce plan Lucas mis à l'eau en 2006, qui doit emmener Vincent Lantin jusqu'en Guadeloupe.
Vanetys – Le Slip Français, c’est le nom pour cette route du Rhum de ce plan Lucas mis à l’eau en 2006, qui doit emmener Vincent Lantin jusqu’en Guadeloupe. Depuis les autocollants ont fleuri sur la coque alors vierge © Yann Rochas

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